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Peu de gens savent qu'il est possible de remédier à une
baisse de la vue sans recourir aux lunettes. Celles-ci ne sont en fait que
des béquilles et elles n'améliorent pas toujours l'état
des yeux. Cette méthode appelée "l'Education de la Vision"
est basée sur la méthode Bates. Depuis son origine elle a
bien entendu évolué, pour tenir compte des nouvelles connaissances
en neuropsychologie et neurophysiologie. Cependant, les résultats
de dernières recherches ne font que confirmer les observations faites
par le docteur Bates au début du XXe siècle. La vue n'est
pas uniquement la capacité de voir net. C'est également la
capacité de visualiser, d'interpréter, de comprendre, d'assimiler
et de relier à la mémoire les informations reçues par
les yeux. Les yeux accueillent les informations en images de notre environnement,
aident et à notre équilibre corporel. Ils sont également
la fenêtre vers notre intérieur et vers l'extérieur.
Mais pour qu'ils fonctionnent correctement, il leur faut des conditions
favorables. Pourquoi n'est-ce pas toujours le cas ?
Une partie du cerveau
Du point de vue embryologique, les yeux sont une extension du cerveau. Les
nerfs optiques sont en fait une des voies du système nerveux central
: les yeux ne sont qu'une partie du système visuel. Ils permettent
la réfraction de la lumière pour que les images que nous percevons
arrivent sur la rétine et soient ensuite envoyées par les
nerfs optiques au siège de la vision dans le cortex cérébral
situé dans la région occipitale. Ce parcours n'est donc pas
insignifiant, partant de l'avant du visage jusqu'à l'arrière
de la tête via le thalamus (corps géniculé latéral).
C'est dans le cortex visuel, à l'arrière de la tête,
que sont rassemblées toutes les informations perçues par les
yeux, c'est-à-dire les couleurs, les formes, les contrastes, les
mouvements où ils seront analysés et interprétés.
Parce qu'ils font partie du cerveau, les yeux sont influencés par
l'état général de notre corps, nos pensées et
nos croyances. Le développement du bébé vers l'enfance
puis vers l'âge adulte s'opère en accumulant de nombreuses
expériences, bonnes et mauvaises qui, plus tard, contribueront à
former ses convictions, ses principes, son " regard " sur le monde.
Les émotions négatives que nous vivons tous au quotidien telles
que la colère, la peur, la panique, l'anxiété, l'irritation,
l'énervement, le stress, provoquent des modifications physiologiques
importantes sur le corps, : rétention du souffle, fixité du
regard, contractions musculaires Puisque l'utilisation influence la structure,
un stress mental va donc perturber provisoirement la fonction de l'il et
donc changer sa structure. Si cet état négatif n'est que passager,
les choses rentreront dans l'ordre. Si cet état se prolonge, la perturbation
initiale devient le fonctionnement " normal ". Un meilleur usage
des yeux peut donc induire, en retour, un effet bénéfique
sur cette structure. D'autre part, le cortex visuel reçoit de l'oxygène
et des nutriments via l'artère cérébrale postérieure
qui est une continuation de l'artère vertébrale. Cette dernière
monte au cerveau à travers une série d'orifices latéraux
dans les six vertèbres cervicales du cou. Donc, toute modification
de l'alignement de ces vertèbres (accidents, manipulation du cou)
peut perturber la vascularisation du cortex visuel. De la même manière,
toute tension dans les muscles attachés aux vertèbres cervicales
peut modifier notre capacité visuelle. L'aide d'un ostéopathe
peut être nécessaire pour vérifier que la relation entre
la tête, le cou et la colonne vertébrale est correcte. Il est
également important de veiller à notre posture, à la
manière dont nous nous tenons. Par exemple, notre tendance à
incliner la tête de côté, ou la projeter vers l'avant
ou vers l'arrière de la colonne vertébrale, aura des conséquences
sur la vue.
Notre "vision" de la vie
Le cerveau reçoit tellement d'informations par les yeux qu'il lui
est impossible de tout enregistrer, il opère donc une sélection,
influencée par l'intérêt et l'attention que nous portons
aux détails de notre environnement. Le bébé s'intéresse
à tout et ses yeux, qui cherchent à explorer le monde, se
meuvent sans cesse. Cet intérêt commence à se réduire
dès l'entrée à l'école avec les contraintes
de la vie scolaire et se transforme souvent en ennui et en stress mental.
On observe rapidement le début des problèmes visuels à
l'école primaire ou au moment des études supérieures.
Plus tard, dans la vie adulte et professionnelle, nous sommes également
confrontés à des pressions de réussite, de concurrence,
de compétence professionnelles, à l'ennui au travail pour
de nombreuses personnes, à la course à la survie, aux soucis
d'argent, de famille Toutes ces contraintes vont façonner notre façon
de penser, d'interpréter, de " voir " les choses, et tellement
nous préoccuper que nous finissons inconsciemment par réduire
notre champ de " regard " et par conséquence notre champ
visuel. Le simple fait d'élargir notre champ visuel par une vision
périphérique soulage et repose la vision centrale. De la même
manière, la conscience d'un environnement plus large autour de soi
permet de voir dans quel contexte s'inscrivent nos soucis quotidiens. Nous
prenons alors du recul et pouvons relativiser les choses.
Les yeux ont besoin du mouvement
L'anatomie de l'oeil est telle que pour voir net ils doivent bouger sans
cesse par saccades pour que chaque partie de l'objet regardé soit
perçue nettement. Quand l'il est immobilisé artificiellement
(en laboratoire), l'image disparaît. Si vous fixez un objet en essayant
de ne pas ciller les yeux, après quelques instants vos yeux deviennent
douloureux et l'objet regardé devient trouble. Pourquoi ? La rétine
de l'il est dotée d'environ 116 300 à 131 800 millions de
cellules réceptrices sensibles à différentes nuances
de la lumière. Parmi elles, 6,3 à 6,8 millions de cônes
sont sensibles aux couleurs et à la forte lumière, dite lumière
du jour. La macula lutea (dite " tache jaune "), petit creux de
la rétine situé directement dans l'axe de la pupille, concentre
un grand nombre de ces cônes. C'est la partie de la rétine
sur laquelle la lumière, réfractée par les éléments
transparents à l'intérieur du globe oculaire, doit normalement
arriver pour obtenir une vision nette. Pour une vision nette d'un objet,
la tache jaune doit le parcourir dans tous les sens afin que les informations
arrivent au cerveau pour analyse et interprétation. Les 110 à
125 millions de bâtonnets, majoritaires dans la rétine, sont
sensibles au noir, au blanc, aux contrastes nuancés de la lumière,
à l'obscurité et au mouvement. Les cônes et les bâtonnets
vont de pair. Les yeux ont besoin non seulement de lumière mais aussi
de d'obscurité et de repos. Le cillement des paupières, qui
sert à lubrifier, nettoyer et protéger la surface extérieure
de l'il, lui donne les instants d'obscurité dont il a besoin. Ce
cillement est un réflexe mais, dans des conditions de stress ou de
concentration intense, il diminue et provoque une vue trouble et une sensation
d'yeux qui brûlent ou piquent. Donc ces mouvements saccadés
effectués par l'il pour parcourir un objet pour sa nette perception
sont essentiels pour obtenir une bonne vue. Avant l'âge scolaire l'enfant
explore, court, expérimente, s'intéresse, observe, joue avec
intérêt et curiosité. Les yeux sont en mouvement permanent.
A partir de la scolarité, l'enfant va fixer son regard, soit sur
le tableau, soit sur son cahier ou sur son livre. Il va rester assis plus
longtemps et réduire ses mouvements. Il est vrai que notre société
moderne nous sédentarise de plus en plus par ses modes d'études,
de travail et de loisirs. Nous lisons beaucoup, nous travaillons sur des
ordinateurs, nous circulons en voiture, nous nous reposons en regardant
la télévision ou en jouant avec des jeux vidéos : nos
yeux se fixent sur des objets assez proches et notre regard reste figé
avec concentration et/ou application. Il y a de moins en moins de mouvement
pour stimuler les yeux. Ceux-ci se fatiguent, se rigidifient, accommodent
moins aisément. Tout muscle ou toute partie du corps qui n'est pas
utilisé perd sa fonction, ainsi, si nous restons allongés
pendant des mois, nous perdons, par exemple, la fonction des jambes. De
même, si nous ne stimulons pas les yeux par le mouvement, ils perdent
leur fonction. Le mouvement améliore la fonction. Le mouvement est
essentiel pour stimuler cette mobilité naturelle. En effet, les mouvements
saccadés, presque imperceptibles, de l'il résultent de son
anatomie. Il existe un point minuscule sur la rétine, la fovea centralis
au milieu de la macula lutea (" tache jaune "), c'est la seule
partie de la rétine nous permettant de voir avec netteté.
Lorsque nous regardons un objet, le point que l'il perçoit le plus
nettement est celui sur lequel il se fixe, le reste de l'objet étant
toujours moins nettement perçu. Ainsi, l'il doit, pour le voir dans
sa totalité et pour que le cerveau l'identifie, procéder par
mouvements saccadés autour de l'objet regardé. Le docteur
Bates appela ce phénomène la fixation centrale. Quand la vue
baisse, l'il perd sa capacité de fixation centrale. La méthode
repose donc sur la connaissance du fonctionnement de celle-ci. De plus,
notre vie moderne trop sédentaire fait perdre aux yeux le sens du
mouvement qui est une stimulation vitale.
Le besoin de lumière naturelle
Les yeux ont besoin de la lumière naturelle. Indépendamment
des discours alarmistes sur le soleil, il n'en demeure pas moins que ce
dernier est vital pour notre bien-être, notre équilibre, notre
croissance et notre corps. Ce n'est pas le soleil qui présente des
risques, c'est notre comportement à son égard. Les peuples
qui vivent dans les régions à fort ensoleillement savent comment
se comporter. On ne bronze pas nu, ou presque, quand le soleil est à
son zénith, on reste à l'ombre ou à l'intérieur.
On se couvre complètement avec des vêtements adaptés
et non serrés autour de la taille ou des jambes. Notre civilisation
moderne nous a coupés du rythme des jours et des saisons, on fait
n'importe quoi n'importe quand. Cependant, les yeux sont conçus pour
assimiler cette énergie vitale et s'adapter parfaitement à
toute nuance de lumière par la dilatation et la contraction des pupilles,
selon le degré de luminosité. S'ils ne s'adaptent pas, ce
n'est pas le soleil qui représente un risque, mais c'est notre utilisation
des yeux qui est mauvaise. Non seulement notre société nous
sédentarise, mais elle nous enferme des journées entières
dans des bureaux, des établissements scolaires, des usines, généralement
sous une lumière artificielle qui ne nous nourrit pas. Ce manque
de lumière naturelle cause de nombreux troubles tels que la dépression
nerveuse, des carences en vitamine D, des problèmes de croissance,
voire un dérèglement hormonal. Dans les pays du Nord, les
hivers longs et le manque d'ensoleillement provoquent des dépressions
qui sont traitées par l'exposition à des lampes spéciales
qui fournissent une lumière proche de celle du soleil. Exposés
de plus en plus à une lumière artificielle, nous n'avons plus
l'occasion de vivre les crépuscules. En effet, dès le crépuscule,
nous allumons les lampes à l'intérieur de nos maisons ou de
nos bureaux. Pourtant, le crépuscule laisse à nos cônes
(vision de jour) le temps nécessaire pour passer graduellement le
relais aux bâtonnets (vision de nuit). Avant l'invention de l'électricité,
nous avions besoin de nos bâtonnets pour circuler dans la nuit, prévenir
le danger, éventuellement chasser. De nos jours, nous pensons en
avoir moins besoin et nous ne stimulons plus les bâtonnets. L'équilibre
de l'il nécessite absolument que nous stimulions toutes ses parties.
Et rappelons-nous que ce que nous n'utilisons pas s'atrophie. Il est rare
que nous ayons le réflexe de reposer nos yeux. On les sollicite de
plus en plus longtemps car nos journées se prolongent tard dans la
nuit avec l'éclairage artificiel. Le sommeil ne repose pas forcément
les yeux car notre repos n'est pas toujours profond, accompagné par
un véritable repos mental : le cerveau et les yeux ne font qu'un.
La nature nous a fourni deux yeux. Chaque il voit la même chose selon
un angle différent et transmet au cerveau deux images que ce dernier
va fusionner en une seule. Le travail "à deux" des yeux
-la vision binoculaire- nous permet de voir le monde en trois dimensions,
c'est-à-dire avec profondeur. Ce travail "en équipe",
comme un seul il, fait parfois défaut chez certaines personnes. Normalement,
la vision binoculaire se développe en parallèle avec l'autonomie
du mouvement lors de la petite enfance.
La méthode Bates
Le docteur W.H. Bates (1860-1931), un ophtalmologue américain
qui exerçait surtout à New York, consacra sa vie à
la recherche sur le système visuel, à la théorie de
l'accommodation et aux modifications physiologiques des états de
stress et d'émotions négatives. Il conclut que notre vue était
influencée par la manière dont nous utilisons nos yeux. Les
yeux contribuent à 20 % de la fonction visuelle et le cerveau à
80 %. Ce dernier, dont dépend l'état général
de notre corps, est particulièrement influencé par le stress
mental et les émotions. Le docteur Bates comprit donc qu'il était
essentiel d'apprendre à garder les yeux et l'esprit détendus
tout en maintenant notre intérêt et notre curiosité
pour le monde qui nous entoure. Il est important de "voir" ce
que nous regardons, ce qui n'est pas le cas quand nous sommes stressés
ou préoccupés. Nos préoccupations mentales encombrent
notre cerveau et l'empêchent d'intégrer les images du monde
extérieur. Cet état mental affecte la mobilité naturelle
des yeux qui, pour fonctionner correctement, doivent être constamment
en mouvement. Ses recherches aboutirent à une méthode d'apprentissage
constituée de techniques spécifiques permettant, entre autres,
de : - stimuler le mouvement saccadé naturel des yeux, - encourager
l'intégration des deux yeux pour retrouver une binocularité
optimale, - apprendre à détendre les yeux fatigués
et l'esprit préoccupé, - élargir le champ visuel en
étant conscient de la vision périphérique, - devenir
conscient que le point regardé (vision centrale) est plus net que
tout ce qui l'entoure (vision périphérique), - stimuler le
mouvement de contraction et de dilatation des pupilles pour permettre une
meilleure adaptation à tous les degrés de luminosité,
- et surtout, observer par ce travail que si nous voyons consciemment ce
que nous regardons, nous ne pouvons pas nous perdre dans les préoccupations
mentales. En 1920, le docteur Bates publia un ouvrage, malheureusement non
traduit en français, dans lequel il explique les conclusions de ses
recherches. Depuis, de nombreux auteurs ont publié des ouvrages sur
les différentes manières d'améliorer la vue. Certains
ont repris sa méthode en ajoutant leurs propres exercices. Dans son
ouvrage " L'Art de Voir ", (Ed. Payot), Aldous Huxley, qui a lui-même
bénéficié de cette méthode, rend hommage au
docteur Bates. Devenu presque aveugle à 16 ans à la suite
d'une maladie oculaire grave, il prit connaissance du travail du docteur
Bates et put ainsi récupérer une bonne partie de sa vue qui
s'est alors améliorée. Il en fut si reconnaissant qu'il écrivit
cet ouvrage dans lequel il décrit non seulement les techniques, mais
explore aussi les fondements philosophiques de son efficacité. La
seule pratique des exercices proposés dans les ouvrages sur les manières
d'améliorer la vue n'aboutit pas forcément à une amélioration.
Quelques leçons avec un professeur sont indispensables, car les exercices
effectués à partir d'un livre peuvent s'avérer totalement
inefficaces : ce n'est pas l'exercice en soi qui est important mais la manière
dont il est exécuté. La méthode Bates ne se limite
pas à une série de gymnastiques oculaires, elle nous apprend
à reconsidérer la façon de regarder et à prendre
conscience de ce que nous regardons. Il ne faut pas nécessairement
se contraindre à faire des " exercices " dix minutes ou
une demie heure par jour. Quelle est la cause d'une détérioration
soudaine de la vision ? La baisse de vue initiale peut être un symptôme
d'un état vécu à un moment donné. Selon cette
logique, si la vue peut se détériorer, pourquoi ne peut-elle
pas aussi s'améliorer ? C'est une démarche consciente, qui
peut être longue. L'obtention d'un résultat tangible nécessite
l'acceptation et la volonté de changer. Si l'on a une forte attente
de résultats, on devient impatient. Si l'on est impatient, on tombe
dans l'effort et l'effort devient une tension mentale. Ainsi on se retrouve
dans le stress de résultat qui ne va faire qu'exacerber le problème
initial. Donc, sans attentes de résultat, nous sommes ouverts au
changement et il peut y avoir des changements là où ils sont
le moins attendus. Le processus d'apprentissage de la méthode Bates
ne se substitue en aucun cas à un bilan ou un suivi par l'ophtalmologue.
Certains ophtalmologues s'intéressent à cette approche du
fonctionnement du système visuel et ont observé des changements
positifs. Une connaissance et une compréhension meilleures de ce
processus de la part des professions de la vue ne peuvent qu'être
souhaitées et encouragées. Ainsi en travaillant ensemble,
en faisant des recherches cliniques communes, nous pouvons répondre
aux besoins de ceux qui veulent une alternative à l'approche proposée
actuellement. Nous encourageons les recherches dans la neuropsychologie,
la neurobiologie qui nous apprennent à quel point le cerveau influence
notre fonctionnement, nos émotions et nos états physiologiques,
notre "être".
Nina Hutchings, Professeur diplômé de la méthode
Bates, School of Vision Education (Angleterre).
Association L'Art de Voir, Hameau de Tournefort,
13840 Rognes, France
tél. : 0033 / (0)442 50 10 70
Fax : 0033 (0)442
92 39 3
www.artdevoir.asso.fr
artdevoir@wanadoo.fr
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