La "mal-illumination" est aussi inquiétante que la malnutrition
 
    La Lumière Naturelle Nourrit Toutes Nos Cellules
 

 

Le sens de la vue ne serait qu'une partie de notre système de vision. Par le biais de nos yeux, la lumière stimule l'hypothalamus, l'hypophyse et la glande pinéale, aux confins du cerveau, qui coordonnent d'innombrables fonctions vitales.

Il n'y a pas de vie sans lumière du soleil ; seuls quelques poissons peuvent survivre au fond des océans. Quand aux humains, ils sont comme les plantes qui, sans lumière, se fanent, dépérissent et meurent.

La lumière du soleil nous caresse, nous nourrit, nous permet de grandir et d'être en bonne santé. Ses bienfaits sont connus depuis des millénaires et célébrés par toutes les civilisations. Notre époque se différencie des civilisations passées par son manque de respect du soleil. Nous nous activons alors que le soleil est au zénith. Nous persistons à prendre des bains de soleil aux heures les plus dangereuses sans nous soucier des effets néfastes. Il suffit d'observer les peuples qui vivent dans le désert pour réaliser à quel point leur existence est régie par le soleil. Entre 12 heures et 16 heures, on fait la sieste ou on reste à l'ombre. On ne s'expose au soleil que tôt le matin ou en fin d'après-midi. La tenue vestimentaire est adaptée, le corps protégé par des tissus souples et légers. Notre comportement est totalement différent et nous accusons le soleil d'être néfaste et dangereux. Le soleil n'est ni néfaste ni dangereux, simplement nous ne savons pas comment nous en accommoder.

"La lumière du corps est votre il ; quand votre il est limpide, tout votre corps l'est également, rempli de lumière ; quand il est trouble, votre corps est dans l'obscurité"(Luc 11 : 34).

Cônes et bâtonnets

Les yeux sont l'organe de la lumière du corps humain. Ils sont les récepteurs de la lumière. Celle-ci, réfractée par les différents éléments transparents du globe oculaire (la cornée, l'humeur aqueuse, le cristallin, le corps vitré), arrive sur la rétine où elle est transformée en pulsions électriques par les cellules photoréceptrices constituées de cônes et de bâtonnets. La rétine comprend environ 137 millions de cellules photoréceptrices (environ 130 millions de bâtonnets et 7 millions de cônes). Les cônes sont sensibles aux couleurs et à la haute résolution de lumière (lumière diurne). Ils sont concentrés dans la macula lutea, une dépression dans la rétine, exactement dans l'axe à l'arrière de la pupille. Au centre du macula se trouve la fovéa centralis, le point de la rétine qui nous permet de voir avec acuité et qui correspond à notre vision centrale. Les bâtonnets, par contre, sont insensibles aux couleurs, mais sensibles au noir et blanc, à la faible résolution de la lumière ainsi qu'aux mouvements. Ils permettent la vision nocturne et la vision périphérique.

La lumière, transformée en pulsions électriques dans la rétine, est transmise par les nerfs optiques puis les tractus optiques jusqu'au cortex occipital à l'arrière de la tête, où se situe le siège de la vision. Là, les formes, les couleurs, les contrastes, le mouvement perçus par les yeux sont analysés et interprétés pour construire une image.

Lumière et système endocrinien

La plus grande partie de la lumière qui entre par les yeux va au cortex visuel pour l'analyse et l'interprétation des images reçues. Le reste est absorbé par l'hypophyse, l'hypothalamus et le corps pinéal sur le tronc cérébral. Ces derniers agissent comme régulateurs des systèmes hormonaux, circadiens et endocriniens et ont une forte influence sur l'état psychologique.

La vue, donc, n'est qu'un aspect mineur du processus dynamique de vision. La lumière qui entre dans le corps par les yeux sert à la fois des fonctions visuelles et non visuelles. Les fonctions non visuelles correspondent aux systèmes nerveux et endocriniens. Ces centres majeurs de contrôle du corps sont directement stimulés et régulés par la lumière.

L'hypothalamus coordonne et régule la plupart de nos fonctions, initie et dirige nos réactions et notre adaptation au stress. Comme un ordinateur, il centralise la multitude d'informations que nous recevons et les dirige vers les divers organes en fonction des besoins.

Les informations reçues par l'hypothalamus sont nécessaires au contrôle des sécrétions du corps pinéal. De ce fait, ce mécanisme a un effet considérable sur le système endocrinien.

La lumière, donc, stimule le corps pinéal exclusivement par la voie oculaire, ce qui en fait une partie intégrale du système visuel.

Le rôle essentiel du corps pinéal est de coordonner toutes les fonctions du corps et de les synchroniser avec l'environnement extérieur. Il utilise les messages liés à la lumière émis par hypothalamus afin de déterminer à quel moment il doit sécréter son hormone, la mélatonine.

La mélatonine est sécrétée dans l'obscurité de la nuit. Son niveau de sécrétion maximum se situe entre 2 heures et 3 heures du matin, et il baisse pendant la journée. La mélatonine, qui influence l'horloge biologique de notre corps, est sécrétée directement dans le sang. Elle est présente dans l'ensemble de notre corps dont elle influence toutes les fonctions. Visiblement, aucune de nos cellules n'échappe à l'influence de la lumière.

En résumé, la lumière entre par les yeux non seulement pour la vision mais également pour réguler notre horloge biologique du corps par le biais de l'hypothalamus. Celui-ci contrôle le système nerveux et le système endocrinien qui ensemble régulent toutes les fonctions biologiques du corps humain. De plus, il supervise les informations liées à la lumière et les envoie au corps pinéal qui les utilise pour informer d'autres organes sur les conditions lumineuses de l'environnement.

La carence en lumière : la " mal-illumination "

De récentes recherches ont permis de confirmer l'influence des couleurs du spectre lumineux sur le bon fonctionnement de notre corps ­ la tension artérielle, le rythme cardiaque, la respiration, le cillement des paupières, l'état d'esprit, le taux de calcium Notre refus de prendre en compte l'importance de la lumière naturelle nous conduit à créer une population chroniquement malade. La comparaison avec les plantes est toujours intéressante : exposées à une lumière artificielle qui ne dispose pas du spectre complet de la lumière naturelle, les plantes périssent, en revanche, avec une illumination artificielle contenant le spectre total de la lumière, les plantes croissent normalement.

John Ott, grand pionnier dans l'étude de l'importance de la lumière naturelle, a constaté que lorsque l'on filtrait la lumière naturelle, cela induisait un fonctionnement cellulaire anormal des pigments de cellules épithéliales de la rétine de l'il de lapin. Il observa ce fonctionnement cellulaire sous microscope et put voir un changement significatif de comportement des cellules avec chaque couleur. Il nota également que ces changements ressemblaient beaucoup aux schémas du comportement humain.

L'homme moderne est exposé pendant de nombreuses heures à une lumière artificielle qui n'a pas du tout l'aspect nourricier du soleil. Cela pourrait être un facteur important des causes des maladies chroniques dont souffre une partie de plus en plus large de la population. Nous passons notre vie sous une lumière artificielle enfermés dans des écoles, des bureaux, des usines, des commerces, des voitures, etc. Cela crée une "mal-illumination" exactement comme la "malnutrition" résulte d'une alimentation déséquilibrée.

Quels en sont les effets sur la vue ? La nature a conçu un extraordinaire système qui permet aux yeux de s'adapter à tous les degrés de luminosité. La pupille, le trou noir au milieu de l'iris, se contracte et devient toute petite en cas de lumière intense, comme à l'extérieur et se dilate selon la faiblesse de la lumière jusqu'à devenir très grande quand celle-ci est absente. Si nous restons confinés à l'intérieur, les muscles sphincters et dilatateurs de la pupille, qui lui permettent de se dilater et se contracter selon le degré de luminosité, ne sont pas stimulés. Les pupilles restent dilatées et ne sont pas stimulées en contraction. Ce mouvement perd son dynamisme et nous sommes éblouis dès lors que nous nous trouvons exposés à une lumière plus forte à l'extérieur. Cet éblouissement résulte de la lenteur d'adaptation des pupilles à ce nouveau degré de luminosité.

L'inconfort qui en résulte encourage le port des lunettes de soleil. Plus nous portons des lunettes de soleil, moins les pupilles sont stimulées en contraction et plus nous devenons sensibles à la lumière. Il s'agit là d'un cercle vicieux qui, poussé à l'extrême, nous rend sensibles même à la lumière artificielle. A long terme, cette situation nuit à notre santé en général puisque, comme nous l'avons vu plus haut, la lumière naturelle qui entre par nos yeux influence tout notre être et notre corps. Il est important de mentionner que même les verres de correction nuisent à la stimulation de la contraction pupillaire.

Il est donc important d'interrompre ce cercle vicieux et de favoriser la contraction-dilatation des pupilles en vue de restaurer leur fonctionnement naturel, c'est-à-dire une adéquation parfaite à chaque niveau de luminosité.

Bien que les yeux soient parfaitement adaptés à la réception de la lumière, ils ont néanmoins besoin de moments d'obscurité pour permettre aux pigments des cellules photoréceptrices, dont l'un des rôles est d'absorber la lumière, de se régénérer.

Le cillement repose l'oeil

Donc la première des solutions pour améliorer l'adaptation pupillaire est le cillement des paupières. Le cillement a pour rôle non seulement de lubrifier et de nettoyer l'extérieur du globe oculaire en contact avec l'environnement, mais aussi de permettre à l'il de disposer d'instants d'obscurité. En effet, pendant le cillement, la lumière gène moins ou même pas du tout. En revanche le regard fixe sans cillement sature la rétine quand les pupilles ne font pas leur travail. L'il normal et détendu n'a aucun problème avec les différents degrés de luminosité sauf éventuellement dans les cas de forte réverbération (neige, mer, etc.).

Lorsque des problèmes de lecture (presbytie) apparaissent, nous constatons qu'il est plus facile de lire à la lumière extérieure car les pupilles se contractent et canalisent la lumière directement sur la fovéa de la rétine. Comme nous l'avons vu plus haut, cela nous donne une acuité optimale.

L'il normal et détendu cille toutes les trois ou quatre secondes. Des expériences en laboratoire ont démontré qu'à la fin de la journée, le total des cillements des paupières correspond à l'équivalent d'une heure avec les yeux fermés.

Passons à la pratique : palming et " ensoleillement "

Les yeux fatigués deviennent sensibles à la lumière, et le meilleur moyen de les reposer est de faire du palming le plus souvent et le plus longtemps possible. Le palming se fait en couvrant les yeux des paumes des mains, les doigts légèrement croisés sur le front, les yeux fermés. On peut le faire allongé en prenant soin de placer la tête dans le prolongement de la colonne vertébrale, ou assis à une table, les coudes sur un ou deux coussins pour que le dos et la nuque soient bien droits et alignés.

Pour stimuler la réaction pupillaire, on peut alterner le palming avec "l'ensoleillement" des yeux et ainsi rendre ce mouvement souple et rapide. Pour pratiquer "l'ensoleillement", on s'assied confortablement là où l'on peut recevoir le soleil directement sur le visage et non pas au travers d'une fenêtre.

On ferme les yeux. (Il va de soi qu'il ne faut pas faire cet exercice en été entre 11 heures et 15 heures. Le bon sens veut que l'on soit bien au soleil sans se brûler). On tourne la tête lentement d'un côté à l'autre pour que la chaleur du soleil concerne chaque partie de l'il et non pas uniquement le milieu des paupières. La nuque est détendue, un peu comme si on buvait cette lumière qui pénètre à travers les paupières et va jusqu'au cortex visuel. Derrière les paupières, les pupilles sont légèrement contractées face à la lumière. On observe que l'il qui s'éloigne de la lumière passe à l'ombre, de chaque côté, ce qui stimule une faible dilatation de la pupille.

Il s'agit de répéter cet exercice très relaxant une vingtaine de fois de chaque coté et enchaîner de suite, sans ouvrir les yeux, avec le palming. Si au cours de ce dernier on perçoit, les yeux fermés, des couleurs, des points blancs ou des filaments, il n'y pas lieu de s'inquiéter. Ces phénomènes sont causés par les nerfs optiques excités par la lumière ; donc on continue le palming jusqu'à ce que petit à petit ces images s'estompent et jusqu'à obtenir un noir homogène. Ensuite sans ouvrir les yeux on reprend l'ensoleillement, puis de nouveau le palming et ainsi de suite. Le tout prend vingt minutes, mais il n'y a pas de limite de temps. Il faut toujours terminer la séance par le palming. Les yeux restent fermés jusqu'à la fin de la séance. Ensuite, on enlève les mains tout en gardant les yeux fermés. Puis on rouvre les yeux doucement en battant les paupières.

Plus la personne est tendue, plus le temps nécessaire à l'obtention d'un noir "foncé" est long. Au début cela peut prendre assez longtemps chez certaines personnes, mais avec la pratique de l'alternance lumière-obscurité, on constate que le noir vient plus rapidement. La rapidité d'obtention du noir est fonction de notre détente. La pratique régulière de cette alternance va stimuler la réaction pupillaire tout en détendant les yeux et les voies optiques. Il permet également de détendre le cortex visuel qui, pendant le palming, n'a pas à analyser ou interpréter des images transmises par la lumière. On constate également une meilleure acuité.

Les bienfaits de la lumière crépusculaire

Nous avons vu que la lumière naturelle est importante et que ses variations d'intensité, selon l'heure de la journée et sa nature, font que l'il est tout à fait capable de s'adapter à toutes ces nuances.

La journée, nous utilisons les cônes, la vision centrale, mais dès le début du crépuscule, un changement se produit dans l'il. Lorsque la lumière baisse, les cônes sont remplacés par les bâtonnets. Au crépuscule et pendant la nuit, les bâtonnets qui ont pris la relève nous permettent de voir dans l'obscurité, sans couleur mais avec un nombre étonnant de nuances de noir et de blanc.

En général, nous ne vivons plus ce moment de la journée. Dès que la lumière baisse nous avons le réflexe de recourir à la lumière artificielle. Cela implique que les bâtonnets de la rétine n'ont plus leur stimulation naturelle liée au passage du jour à la nuit. Nous allons encore fatiguer les cônes en poursuivant nos activités de travail, de lecture, de télévision ou d'ordinateur jusqu'à tard le soir, voire la nuit. Puis nous nous couchons. Nous sommes alors étonnés de ne rien voir lorsque nous sortons la nuit. Les cônes ne se sont pas reposés et les bâtonnets, qui n'ont pas pu jouer leur rôle, ne seront plus efficaces au moment voulu. Il y a donc un déséquilibre.

Vivre le crépuscule et la nuit est très bénéfique pour la vue. Comme dans tous les contraires (le jour et la nuit, le soleil et la lune, le chaud et le froid, le féminin et le masculin, le yin et le yang), l'harmonie d'un système fonctionnel dépend de l'équilibre d'utilisation des ses différentes parties.

Il est certes difficile de vivre entièrement dans l'obscurité. Dans un environnement urbain, nous subissons une pollution électrique. Même à la campagne il n'est pas toujours évident de se promener la nuit sans une lueur de lumière artificielle au loin. Quoi qu'il en soit, une promenade au crépuscule et dans la nuit est toujours bénéfique pour stimuler les bâtonnets.

L'alternance naturelle du jour et de la nuit, si vitale pour nos yeux et tout le corps est normale. Ce qui est anormal, et donc néfaste, c'est d'être en permanence dans l'obscurité. Rester à l'intérieur, les rideaux fermés, toute lumière naturelle exclue, est encore plus néfaste qu'un excès de lumière.

La rétine de l'il a été conçue pour nous permettre de voir le jour et la nuit, dans une lumière forte et dans l'obscurité. Par une meilleure connaissance de sa composition, nous pouvons mieux prendre soins de notre rétine en lui fournissant ce dont elle a besoin pour être en bonne santé ­ la lumière naturelle diurne (solaire) et nocturne (lunaire), et des moments transitoires sans l'une ni l'autre.

Extrait de BioContact N°113 - avril 2002 - dossier Lumière et Santé

 

Nina Hutchings, Professeur diplômé de la méthode Bates, School of Vision Education (Angleterre).

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